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Lecornu promet un prix de l’électricité stable cet hiver

Le Premier ministre demande à EDF de produire au maximum, mais la facture dépend aussi des taxes, du réseau et du tarif réglementé révisé en février.

Laurent Villard Par Laurent Villard
4 min de lecture
Lecornu promet un prix de l’électricité stable cet hiver
Une ligne à très haute tension, maillon du réseau qui achemine l’électricité.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a pris un engagement sur l’énergie lors d’une allocution prononcée depuis Matignon le mercredi 7 octobre : il veut éviter toute hausse du prix de l’électricité durant la saison froide. Pour les entreprises comme pour les ménages, la question est de savoir si cette promesse peut être tenue, et à quelles conditions.

En bref

  • Pour les entreprises comme pour les ménages, la question est de savoir si cette promesse peut être tenue, et à quelles conditions.
  • Fin août, le prix du mégawattheure a dépassé 177 euros.
  • Les sources consultées ne chiffrent pas l’effet de la promesse sur les professionnels.

Un message adressé directement à EDF

D’après Capital, le chef du gouvernement a tenu une ligne ferme : selon lui, le tarif de l’électricité doit rester stable durant l’hiver. Il a demandé à EDF de pousser sa production aussi loin que possible, sans rien céder sur la sûreté, puis a promis de prendre les décisions utiles pour tenir cet engagement et d’y revenir sous peu. Aucune mesure précise n’a été détaillée dans les extraits disponibles.

Le lendemain, jeudi 8 octobre, la porte-parole du gouvernement a réaffirmé cet engagement au micro de franceinfo. Selon franceinfo, la stratégie de l’exécutif consiste à faire pression sur EDF et à miser sur une production nucléaire compétitive. La chaîne rappelle que l’entreprise exploite 57 réacteurs répartis sur le territoire et assure 70 % de la production d’électricité du pays.

Des prix de l’énergie qui montent depuis la rentrée

La demande faite à EDF s’inscrit dans un contexte de hausse généralisée. Capital rappelle que le prix repère du gaz s’établissait à 0,1456 euro TTC le kilowattheure au 1er octobre, soit une progression de 43 % depuis janvier. Les carburants ont eux aussi fortement renchéri, avec des hausses comprises entre 30 % et 50 % depuis le début de l’année, respectivement pour l’essence et le gazole. Le magazine attribue ces tarifs notamment à la guerre au Moyen-Orient et note que la colère des automobilistes reste présente malgré l’annonce d’aides ciblées.

Dans ce paysage, une nouvelle hausse de l’électricité serait très mal acceptée, d’autant que les prix avaient déjà progressé cet été à cause de la canicule. Capital explique que les centrales nucléaires ont été affectées par les très fortes chaleurs, tandis que la demande a été stimulée par l’usage de la climatisation. Fin août, le prix du mégawattheure a dépassé 177 euros. Sur l’ensemble de l’été, les factures ont augmenté en moyenne de 2,5 %.

Le ministère de l’Énergie avait alors justifié ces hausses par le besoin de préserver la production disponible pour l’hiver et de financer l’entretien des réseaux publics, dont les vagues de forte chaleur avaient montré le rôle essentiel.

Pylône de ligne électrique dans le givre et le brouillard
Une ligne électrique sous le givre, un rappel des besoins de l’hiver. Source : Wikimedia Commons. Photographe : W. Licence : CC BY-SA 4.0.

Pourquoi la promesse n’est pas acquise

Pour franceinfo, la promesse est loin d’être garantie, car elle ne repose pas uniquement sur la production nucléaire. Carine Sebi, qui dirige l’Institut Energy for Society à Grenoble École de Management, rappelle que le montant de la facture ne tient pas qu’au volume produit : la fiscalité, le coût d’acheminement sur les réseaux et les arbitrages tarifaires de l’État pèsent aussi. Autrement dit, produire davantage ne suffit pas à fixer le montant payé par le client.

La météo constitue l’autre inconnue. Quand l’hiver est rigoureux, la consommation grimpe, et le pays doit s’appuyer sur d’autres sources en complément du nucléaire, par exemple le gaz, dont le prix pourrait devenir très élevé, selon franceinfo.

Le calendrier du tarif réglementé

La question du report d’une éventuelle augmentation se joue aussi dans les textes. Le tarif réglementé de l’électricité fait l’objet de deux révisions par an, la prochaine intervenant en février. Si le montant proposé ne convient pas au gouvernement, l’État peut le refuser. Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting, décrit la suite possible : une nouvelle proposition demanderait plusieurs semaines de travail, et l’exécutif pourrait à nouveau la rejeter. Selon lui, tout cela peut finir devant le Conseil d’État, avec une décision probablement synonyme de hausse rétroactive, que les consommateurs devraient au bout du compte supporter.

Pour franceinfo, l’éventuel gel ne serait donc qu’un répit de courte durée. Une dernière piste est avancée : baisser temporairement les taxes pour absorber une hausse du prix de l’électricité. Cette mesure aurait toutefois un coût élevé pour les finances publiques.

Ce qu’il faut retenir pour les entreprises

Les sources consultées ne chiffrent pas l’effet de la promesse sur les professionnels. Elles permettent en revanche de repérer les points à surveiller : les décisions que le Premier ministre a dit vouloir annoncer prochainement, la révision du tarif réglementé prévue en février, les arbitrages sur les taxes et les coûts de réseau, ainsi que la rigueur de l’hiver, qui pèse sur la consommation et sur le recours au gaz.

Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Mathis Brancquart. Licence : CC BY-SA 4.0.

Laurent Villard

Management, carrière, formation et entreprise

Laurent Villard

Laurent Villard a passé vingt ans dans des directions d'entreprises industrielles et de services, d'abord comme chef de projet, puis comme directeur de site. Il écrit pour Cadres-Dirigeants sur le leadership, le management d'équipe et la gouvernance, en privilégiant les situations vécues aux théories. Il court le dimanche matin le long de la Saône et cuisine un risotto qu'il dit raté une fois sur deux.