Deux heures de plus par semaine : la proposition d’Édouard Philippe
Exonérations de cotisations, seuils de majoration négociés en entreprise, écart annuel avec l’Allemagne : ce que recouvre le « travailler plus » du candidat Horizons, et ses limites selon un économiste.
Édouard Philippe, candidat Horizons à la présidentielle de 2027, a défendu le jeudi 8 octobre sur France 2 l’idée de faire travailler davantage les salariés pour relever leur pouvoir d’achat.
En bref
- Invité de « L’Heure de Vérité », le maire du Havre a assumé une formule qui rappelle le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy.
- « L’entreprise va pouvoir disposer d’un coût du travail un peu moins élevé », a résumé Édouard Philippe.
- La proposition d’Édouard Philippe porte sur la durée hebdomadaire : elle ne s’attaque donc pas directement à l’origine de ce décalage annuel.
Invité de « L’Heure de Vérité », le maire du Havre a assumé une formule qui rappelle le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy. Son argument tient en un exemple chiffré, qu’il a lui-même formulé sur le plateau :
« Pour quelqu’un qui est au SMIC, travailler deux heures de plus par semaine, et c’est un effort, c’est 1 000 euros de plus par an. Ce n’est pas négligeable quand on est au SMIC »
Édouard Philippe, maire du Havre, candidat Horizons
Le montant reste celui avancé par le candidat, sans détail public sur sa base de calcul. Pour justifier ce choix, l’ancien Premier ministre écarte la voie fiscale : d’après Capital, il estime qu’augmenter les impôts « ne marcherait pas » alors que la question du pouvoir d’achat est jugée « extrêmement oppressant[e] ». Il a aussi répété qu’il faudrait « travailler plus longtemps », dans la continuité de propos tenus début septembre, où il évoquait un travail prolongé « mais pas dans les mêmes conditions ».
Un dispositif laissé à la main des entreprises
La mesure ne prend pas la forme d’une obligation générale. Le candidat décrit plutôt une boîte à outils dont chaque employeur se saisirait après discussion interne. Trois leviers se dessinent :
- La liberté d’organiser du travail supplémentaire, accordée aux entreprises qui le souhaitent.
- Une défiscalisation progressive : les heures ainsi produites échapperaient peu à peu aux cotisations sociales comme à l’impôt sur le revenu.
- Des seuils négociés : chaque entreprise pourrait fixer en interne le point de déclenchement des majorations au-delà des 35 heures.
Le deuxième levier reprend une recette déjà employée sous Nicolas Sarkozy, l’exonération de charges sur les heures supplémentaires, avec l’objectif affiché d’alléger la note pour les employeurs. « L’entreprise va pouvoir disposer d’un coût du travail un peu moins élevé », a résumé Édouard Philippe. Selon les sources consultées, ni le calendrier ni le coût budgétaire de ces exonérations n’ont été précisés.

Le coût de l’heure supplémentaire, verrou principal
Pour un dirigeant, la question est d’abord arithmétique. Une heure effectuée au-delà de la durée légale revient aujourd’hui sensiblement plus cher qu’une heure normale, car elle cumule cotisations sociales et majorations salariales imposées par la loi. C’est cet écart que la proposition cherche à réduire, des deux côtés : moins de prélèvements, et une marge de négociation sur le moment où la majoration s’applique.
Le second point toucherait directement le quotidien des managers et des responsables des ressources humaines, qui devraient en négocier les modalités. L’économiste Bertrand Martinot, expert associé à l’Institut Montaigne, rappelle qu’en l’état du droit « une entreprise peut négocier énormément de choses sur le temps de travail, mais ne peut pas négocier le seuil de déclenchement des heures supplémentaires ». Il qualifie ce levier d’indispensable, selon La Dépêche, qui a recueilli son analyse.
Heures supplémentaires et comparaison avec l’Allemagne
Invité par La Dépêche à commenter la proposition, l’économiste Bertrand Martinot rappelle que le temps de travail ne recule plus de façon structurelle depuis le début des années 2000, ni en France ni chez ses voisins européens. Dans un contexte de pouvoir d’achat sous tension, la hausse du temps travaillé reste selon lui l’un des rares leviers pour soulager les budgets. Il observe que les salariés se montrent plutôt demandeurs d’heures supplémentaires, et il doute de la piste salariale : « L’idée d’une envolée des salaires horaires est assez peu crédible », estime-t-il.
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Salariés à temps plein payés sur une base horaire | 85 % | Bertrand Martinot, dans La Dépêche |
| Écart annuel de travail entre un salarié français et un salarié allemand | Environ 3 semaines | Bertrand Martinot |
| PIB supplémentaire en cas d’alignement sur le temps de travail allemand | 110 milliards d’euros | Étude de Bertrand Martinot pour la Fondapol, fin septembre |
L’écart avec l’Allemagne mérite une lecture précise. Il ne concerne pas la semaine de travail mais l’année : les salariés français cumulent davantage de jours non travaillés, en raison notamment des congés légaux, des RTT et des arrêts de travail. La proposition d’Édouard Philippe porte sur la durée hebdomadaire : elle ne s’attaque donc pas directement à l’origine de ce décalage annuel.
Quant au gain de 110 milliards, il provient d’une étude publiée par la Fondapol à la fin du mois de septembre, dans laquelle Bertrand Martinot chiffre l’effet d’un alignement complet du temps de travail français sur celui de l’Allemagne, une hypothèse plus large que les deux heures hebdomadaires du candidat.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : cottonbro studio. Licence Pexels.